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« La guerre en Ukraine va aggraver les souffrances des populations du Sahel »

Dans une tribune au « Monde », des représentants d’institutions internationales alertent sur l’urgence en Afrique de l’Ouest, où plus de 40 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire.

Tribune. Alors que le monde entier assiste avec désarroi aux événements tragiques qui se déroulent en Ukraine, une crise plus sourde continue de sévir et de tuer, loin des projecteurs, en Afrique de l’Ouest. Cette région est connue pour la diversité complexe de ses cultures, mais ses habitants ont en partage une situation peu enviable : des taux de faim désastreusement élevés du fait de la violence et de l’instabilité, conjuguées au changement climatique et à un contexte de vulnérabilités préexistantes.

Cette année, plus de 40 millions de personnes au Sahel et en Afrique de l’Ouest, si l’on inclut le Cameroun, ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence pour survivre durant la période de soudure, qui va de juin à août. Parmi elles, plus de 2,8 millions de personnes qui seront confrontées à des conditions catastrophiques si elles ne reçoivent pas une aide immédiate.Lire aussi : Article réservé à nos abonnésPourquoi la guerre en Ukraine menace la sécurité alimentaire mondiale

La guerre en Ukraine va aggraver les souffrances des populations du Sahel en faisant flamber les prix des denrées alimentaires et des carburants, vu la place prépondérante de ce pays et de la Russie dans le commerce mondial de l’énergie et dans les exportations de blé et de maïs. La persistance des problèmes d’approvisionnement va déclencher de nouveaux chocs des prix, les pays importateurs devant composer avec un marché de plus en plus tendu.

Afin d’endiguer la faim extrême et des souffrances plus grandes, les organisations humanitaires demandent 3,8 milliards de dollars (près de 3,5 milliards d’euros) en 2022 pour soutenir les pays touchés par les conflits dans le Sahel central et le bassin du lac Tchad. Cette somme peut paraître colossale mais revient en réalité à environ 173 dollars par personne pour permettre aux membres d’une famille de rester en bonne santé et correctement nourris, de se tenir à l’abri du danger, de disposer d’un toit et d’un accès à l’eau potable et de scolariser les enfants.

Groupes extrémistes et crise climatique

Le Sahel est une région qui offre un immense potentiel, mais ces dix dernières années, des groupes extrémistes violents ont exploité la faiblesse des systèmes de gouvernance et la pauvreté des populations pour asseoir leur contrôle, affaiblir les institutions et perpétrer des actes de violence dévastateurs. Depuis 2015, le Sahel central a ainsi vu le nombre d’incidents liés à la sécurité multiplié par seize et celui des décès par dix. Ces groupes attisent de vieilles tensions dans la région, comme celles opposant agriculteurs et éleveurs pour l’accès aux points d’eau. Provoquant panique et peur généralisées, leurs violences ont entraîné le déplacement de plus de 6 millions de personnes, les privant de leurs activités, de leurs cultures et de leurs pâturages pour le bétail.