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Momar Ndao, sur la flambée des prix des denrées alimentaires : “Il faut mobiliser la police, la gendarmerie ou recruter des jeunes dans les quartiers pour…”

Par: Seyni

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Momar Ndao, sur la flambée des prix des denrées alimentaires : “Il faut mobiliser la police, la gendarmerie ou recruter des jeunes dans les quartiers pour…”

Alors que les musulmans ont entamé le dimanche 03 avril, le ramadan et que les chrétiens sont en plein carême, le Sénégal fait face à une inflation sur certains produits alimentaires. Dans cet entretien Momar Ndao, Président de l’Association des Consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) donne les raisons de cette hausse et se défend de toute complaisance envers l’État.  Entretien.

En tant que président de l’association des consommateurs du Sénégal, êtes-vous au courant de cette augmentation des prix dont souffrent les ménages ?

Mais bien sûr. Nous vivons au sein de la population. Tous les jours, nous recevons des réclamations des populations et tout le monde sait que les produits actuellement sont inaccessibles.

Que fait l’ASCOSEN face à cette inaccessibilité que vous venez de pointer ?

Depuis l’année dernière, où il y avait une première salve d’augmentation, nous avons travaillé pour que l’on puisse avoir des prix bas. Nous sommes là pour les consommateurs sénégalais et nous nous donnons toujours a fond pour les défendre. Si vous vous souvenez récemment, il y a eu l’arrêté que le ministère du Commerce avait signé pour augmenter le prix du sucre. Mais ASCOSEN est sortie pour dire non. Nous avons  dénoncé cet arrêté en exigeant sa suppression car le ministère du Commerce avait commis une erreur. Il n’avait pas pris en considération le transport, et si nous avions laissé passer cet arrêté là, les commerçants risquaient d’acheter et de vendre très cher. Après avoir obtenu cette suppression, nous avons exigé que les prix baissent. C’est ce qui a conduit, récemment, le chef de l’État à baisser les prix du riz, du sucre et de l’huile. Si Aujourd’hui, le gouvernement a pris la décision de baisser ces prix là, c’est grâce à ce combat que nous avons mené.

“Il n’y a pas suffisamment de contrôleurs sur le terrain”

Comment expliquez-vous cette contradiction entre l’Etat qui dit avoir baissé les prix et les consommateurs qui se plaignent toujours de la cherté des denrées alimentaires ?

L’État a baissé trois produits : le sucre, l’huile et le riz brisé non parfumé. Tous les autres produits, qui ne sont pas administrés, sont fixés librement par les jeux de la concurrence. Chose que nous avons d’ailleurs contesté car nous avions demandé à ce que tous les produits de première nécessité, notamment le lait, la viande, le poisson, entre autres, soient administrés par l’Etat. Il faut également dire que la mise en œuvre de cette baisse ne s’est pas faite de manière efficiente à cause du retard accusé sur la correction de l’arrêté et des mesures d’accompagnement prises qui laissent à désirer. Beaucoup de consommateurs ne se plaignent pas de cette augmentation des prix parce qu’ils ont peur de ne plus bénéficier des petits prêts que leur font les boutiquiers dans les quartiers. Les consommateurs qui se plaignent doivent avoir l’appui des contrôleurs économiques pour verbaliser les commerçants récalcitrants. Mais malheureusement, il n’y a pas suffisamment de contrôleurs sur le terrain. Au niveau de Ascosen, nous avons demandé l’implication des autres forces comme la police ou la gendarmerie ou le recrutement des jeunes dans les quartiers pour rappeler les commerçants à l’ordre. Mais il y a une résistance des travailleurs du ministère du commerce et nous pensons que ce n’est pas normal parce que ces contrôleurs ne sont pas assez nombreux pour pouvoir faire correctement le travail. Ce qui fait que dans beaucoup de zones cette baisse des prix n’est pas effective. Toutes ces choses là justifient cette contradiction.

“Nous sommes obligés de collaborer avec l’Etat pour satisfaire les revendications des consommateurs”

D’après vous, qu’est-ce qui est à l’ origine de cette flambée des prix ?

Objectivement quand vous achetez un produit dont le prix augmente, normalement on doit calculer le prix de vente. Maintenant, il y a aussi des augmentations qui sont dues uniquement au fait qu’ il y a une ambiance d’augmentation. Par exemple, quand deux ou trois produits augmentent, beaucoup de commerçants profitent de l’occasion en augmentant systématiquement sans pour autant être victime d’une augmentation du produit qu’ils ont acheté. Mais dans ce contexte, il faut dire que l’embargo du Mali et la guerre en Ukraine ont accentué un peu cette crise que nous vivons actuellement sur le marché comme dans tous les pays. D’ailleurs, si nous regardons le prix de la viande, il a augmenté du fait de la diminution de l’offre de bétail venant du Mali. Même remarque sur le prix du blé, qui avec la guerre, est passé à plus de 340 Euros. Il y a également l’indisponibilité des conteneurs qui a fait que les produits importés sont devenus très chers.  Pourtant, nous avons demandé à l’Etat de suspendre les taxes pour que tout ce qui alourdit les prix des produits soit neutralisé, mais malheureusement, malgré tous les efforts consentis par l’Etat, les prix restent à un niveau extrêmement élevé du fait de la conjoncture internationale.

Certains vous reprochent d’être plus proche de l’État que des consommateurs. En tant que président de Ascosen, quelle réponse leur apportez-vous ?

Il faut que les gens comprennent que c’est l’Etat qui a pour mission de défendre les consommateurs. C’est l’Etat qui doit protéger les consommateurs. Puisque c’est à l’Etat de protéger les consommateurs, nous, ce que nous faisons c’est le travail de l’Etat. On ne peut pas faire le travail de l’État et être contre l’Etat. Ce n’est pas possible. Nous sommes obligés de collaborer avec l’Etat pour satisfaire les revendications des consommateurs. Nous sommes différents de ceux qui passent tout leur temps à crier sans rien faire. Être du côté des consommateurs, c’est faire en sorte que l’Etat prenne des décisions au profit des consommateurs. Et c’est ce que nous avons fait pour obtenir aujourd’hui cette baisse des prix sur le riz, l’huile et le sucre. Nous faisons des propositions concrètes avec des arguments solides et c’est sur cette base-là que nous obtenons des résultats de l’Etat. La preuve : je ne peux pas marcher dans la rue sans que des personnes apprécient mon travail. Ceux qui disent que je suis plus proche de l’État sont mes ennemis et ils n’ont rien compris.

A chaque fois qu’il y a hausse des prix, vous sortez pour pointer du doigt les commerçants en disant que c’est eux qui ont orchestré cette augmentation. Pourquoi ?

(Rire). Cette dernière augmentation, ce n’est pas les commerçants. C’est la faute du ministère du Commerce. Mais si les commerçants étaient fautifs aussi, on va dire qu’ils sont fautifs. De la même manière, si c’est l’Etat qui est fautif, on va le dénoncer. Nous  n’attaquons personne. Nous avons le droit de dénoncer les fautifs sans distinction que ce soit l’Etat ou les commerçants. On ne pointe le doigt qu’aux fautifs. On n’est pas là pour attaquer les commerçants encore une fois. La preuve dans cette augmentation des prix, nous avons pointé du doigt le ministère du Commerce pour son arrêté illégal et avons obtenu son annulation.