7environnement

“L’éthique, le soignant et la société” : Quand le Pr Abdoul Kane mettait à nu les tares des hôpitaux sénégalais

L’affaire Astou Sokhna, morte en couche à l’Hôpital de Louga, remet à la surface la réflexion du professeur Abdoul Kane sur les comportements de certains professionnels de la santé dans les structures hospitalières.  La jeune Dame est partie ainsi, sans assistance aucune des professionnels de santé qui devaient l’accompagner dans sa délivrance. Trois au total, des femmes de surcroît, si l’on croit les récits de sa famille qui dénoncent un manque d’humanisme sans précèdent, doublé d’une arrogance sans faille. La jeune dame est décédée, laissant son mari veuf et toute une famille orpheline.

Dans  nos sociétés, la qualité des soins de santé se mesure à l’aune  de la misère et de la richesse. Dis-moi combien tu as je te dirais quels soins tu mérites.  Dans  nos structures sanitaires ce sont, parfois, des séquestrations aussi illégales que moralement inadmissibles parfois  accompagnées d’agressions physiques et verbales.  Ces actes sont accompagnés d’une indifférence totale. Les administrateurs des structures de santé ainsi que les soignants se taisent  et sont parfois même acteurs de ces supplices infligées aux malades. Autant de tares dénoncées par le professeur Abdoul Kane dans son œuvre ‘’L’éthique, le soignant et la société’’.

L’hôpital fait de la rentabilité son crédo

“L’absence de soins palliatifs dignes de ce nom mène  à des drames où des patients, abandonnés à leur agonie, souffrent le martyre devant des soignants  désarmés et désabusés.  L’hôpital fait de la rentabilité son crédo. Il devient par ricochet une entreprise où les praticiens et administrateurs pèsent davantage au profit qu’à l’humanisme que requiert la pratique de la médecine”.  Ce passage résume bien l’œuvre  du cardiologue  Abdoul Kane qui met à nu les tares du système sanitaire sénégalais. Selon lui les déviances de notre système  sanitaire sont beaucoup plus mortelles que le terrorisme que nous redoutons tant. « On note un problème criard de l’écoute des praticiens face à leurs patients mais aussi le problème de l’accueil. Il ne s’agit pas de pointer une ou deux personnes devant la porte pour croire avoir un bon accueil.  Cela remonte au niveau des praticiens, tout le monde est agent d’accueil »  renseigne le professeur.   Selon lui, l’éthique est fondée sur trois impératifs. Il  s’agit de respecter l’homme, son intégrité physique  et son équilibre moral, mais aussi de faire de sorte que la recherche et la connaissance scientifique s’expriment dans le respect de la personne et enfin  éviter de vicier  l’exercice de la médecine  par le mercantilisme et l’esprit du lucre. «  L’exercice de la médecine doit être perçu comme un rendez-vous du donné et du recevoir à la dimension de  l’homme »  dit-il dans sa présentation.  Dénonçant toujours ces tares notables dans notre système  sanitaire, le docteur Kane relève que “l’orientation n’est pas toujours adéquate, il n’existe pas non plus un service  de qualité continu”. Il pointe également des “conditions de travail inqualifiables”. “Les soignants, note-t-il, sont  épuisés par le nombre pléthorique de malades face à un nombre très strict de praticiens”.

Pour les solutions, l’auteur fait état d’une nécessité de travailler à amener  tous les travailleurs des différentes structures de soin à être attentif à la personne, qui par exemple, peine à marcher, au patient qui gémit sur son lit, et que chacun s’attache à soigner les angoisses d’un être devant la maladie et à ne jamais le rabrouer.  Selon l’œuvre il faut développer un vrai système de prévoyance sociale mais le discours sur la couverture maladie universelle devait aller de pair  avec un esprit républicain fondé sur l’éthique et l’égalité. Et de donner l’exemple, selon lequel, “il ne faut plus qu’on investisse beaucoup pour se soigner à l’étranger mais utiliser cet argent  pour mieux équiper nos structures en leur offrant un cadre somptueux et conforme aux normes internationales”